Politique

Haïti en rupture: le Groupe d’Initiative prône la désobéissance civile comme ultime recours

Le ton est grave, presque désespéré, mais résolument déterminé. Dans un document rendu public le 20 avril 2026, le Groupe d’Initiative pour une solution durable à la crise politique dresse un constat accablant de la situation en dans le pays et appelle ouvertement à l’organisation d’une désobéissance civile généralisée.

Le texte ne prend pas de détour. Il évoque une succession de massacres récents à travers le pays, de Jean Rabel à Port-au-Prince, en passant par Mirebalais et Marchand-Dessalines. Une violence devenue systémique, où les citoyens, livrés à eux-mêmes, évoluent dans un climat de peur permanente.

Plus alarmant encore, le document affirme que près de 80 % de la capitale serait sous l’emprise de groupes armés, tandis que plusieurs départements clés basculent progressivement dans le contrôle des gangs. Une réalité qui transforme la vie quotidienne en parcours d’obstacles, où circuler devient un luxe monnayé à prix fort.

Le groupe d’initiative dénonce également un système parallèle d’extorsion qui ponctionnerait jusqu’à 100 millions de gourdes par jour. Un chiffre qui, s’il reflète l’ampleur réelle du phénomène, traduit une économie de la peur désormais solidement installée.

Face à cela, l’organisation accuse frontalement les autorités en place d’impuissance, voire de complicité passive. Elle pointe l’incapacité du gouvernement à améliorer les conditions de vie, notamment à travers l’ajustement du salaire minimum, dans un contexte de flambée des prix et de précarité généralisée.

Mais au-delà du constat sécuritaire et économique, c’est la question de la souveraineté nationale qui est posée avec une rare fermeté. Le document évoque des décisions jugées destructrices, allant jusqu’à dénoncer des actes perçus comme des atteintes à la dignité nationale.

Dans ce climat de défiance totale, la structure estime que toutes les voies institutionnelles sont désormais verrouillées. Son appel à la désobéissance civile se veut alors une réponse ultime, présentée comme pacifique mais inévitable.

En s’appuyant sur les exemples historiques de luttes non violentes à travers le monde, le groupe tente de donner une légitimité morale et politique à cette stratégie. Il insiste toutefois sur la nécessité d’encadrer ce mouvement pour éviter toute dérive incontrôlée.

Derrière cet appel, c’est une réalité brutale qui s’impose : une partie croissante de la société haïtienne ne croit plus aux mécanismes traditionnels de gouvernance. La rue devient alors le dernier espace d’expression, avec tous les risques que cela comporte.

Si certains verront dans cette démarche un sursaut citoyen, d’autres y liront le signe d’un pays dangereusement proche de l’implosion.

Une chose est certaine : Haïti traverse une phase critique où chaque décision, chaque silence et chaque retard peuvent accélérer une crise déjà hors de contrôle.

Hyshney Saint-Julien
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