Économie

APN : Corruption et silence syndical, une indignation à deux vitesses

Les révélations s’accumulent autour de l’Autorité Portuaire Nationale (APN) et dessinent un tableau de gestion pour le moins troublant. Des accusations précises de surfacturation, portant sur plusieurs dizaines de millions de gourdes, mettent en cause des proches de la direction générale, dans un contexte où les mécanismes de contrôle semblent défaillants.

Parmi les cas évoqués, un réservoir d’eau estimé à 4 millions de gourdes aurait été facturé à 11 millions. Un projet de parking, initialement évalué à 13 millions, aurait grimpé jusqu’à 25 millions. À cela s’ajoutent des travaux de bétonnage pour les ports de Miragoâne et de Petit-Goâve, représentant plus de 30 millions de gourdes, déjà entachés de soupçons d’irrégularités. Plus inquiétant encore, un projet d’électrification du bureau central serait passé de 33 à 55 millions de gourdes.

Au cœur de ces accusations revient un nom Jermain Lucknerson, proche du directeur général Charles Evens. Pour plus d’un, ces écarts financiers répétés ne relèvent plus de simples anomalies administratives, mais traduisent un système où la surfacturation tend à devenir une pratique installée.

Face à ces faits, les appels à une intervention de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) se multiplient. Pourtant, un autre silence interpelle : celui des syndicats de l’APN.

Le Syndicat des Employés de l’APN (SEAPN), censé défendre les intérêts des travailleurs et veiller à une gestion saine de l’institution, reste étonnamment discret. Contacté par téléphone, son président, Ulrick Pierre, n’a manifesté aucun intérêt face à ces graves allégations. Une posture qui soulève des interrogations sur le rôle réel des structures syndicales dans ce dossier.

Pour plusieurs employés, ce silence s’apparente à une forme de complaisance. Dans un pays confronté à une crise économique et sociale aiguë, voir des fonds publics dilapidés sans réaction des acteurs internes renforce le sentiment d’impunité.

Au-delà des montants évoqués, c’est la question de la gouvernance publique qui est posée. L’absence de prise de position claire des syndicats, combinée à la lenteur des réponses institutionnelles, alimente un climat de méfiance généralisée.

Dans ce contexte, la pression s’intensifie sur les autorités de contrôle, en particulier l’ULCC, appelée une nouvelle fois à faire la lumière sur ces dossiers. Car pour beaucoup, seule une enquête rigoureuse et indépendante pourra établir les responsabilités et, peut-être, briser ce qui est désormais perçu comme une chaîne de silence autour de la gestion des fonds publics à l’APN.

Hyshney Saint-Julien
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