Société

À Cité Soleil, un forum pour faire de la jeunesse un acteur de la paix

À Cité Soleil, parler de paix n’a rien d’un exercice académique. À l’initiative de « Ann Bati yon lòt Kominote nan Devlopman ak Lapè » (ABKODEL), la Journée internationale de la paix a été marquée ce 21 septembre par une conférence-débat consacrée au thème « Jeunesse, rôle des médias dans la construction de la paix », dans le cadre de la 4eme édition du Forum des jeunes. Une rencontre qui s’inscrit dans l’esprit du thème retenu cette année par les Nations Unies : « Investir dans la paix – Pour tous, partout, chaque jour ». Car pour l’ONU, la paix ne se construit pas seulement autour des grandes tables de négociation ; elle prend aussi forme dans les quartiers, les écoles et les communautés.

Face aux jeunes, le journaliste Hyshney Saint-Julien a insisté sur une nouvelle réalité : le pouvoir médiatique n’est plus réservé aux journalistes. Un téléphone suffit aujourd’hui pour filmer, commenter, publier et toucher instantanément un large public. Cette révolution numérique offre aux jeunes une capacité inédite de faire entendre leur voix, de dénoncer les injustices et de valoriser les initiatives positives. Mais elle impose également une responsabilité. Une rumeur partagée sans vérification, une vidéo sortie de son contexte ou un commentaire destiné à provoquer peuvent contribuer à alimenter la peur et les tensions bien au-delà de l’écran.

Le débat a également remis les médias face à leurs propres responsabilités. Dans un pays où l’actualité est dominée par les crises, la violence et l’urgence, raconter les faits ne doit jamais signifier amplifier les fractures. Le journaliste doit continuer à enquêter, questionner, dénoncer et demander des comptes. Mais il doit aussi vérifier, contextualiser et mesurer les conséquences de ses choix éditoriaux. Investir dans la paix, c’est aussi investir dans une information responsable, capable de donner de la visibilité aux initiatives qui rapprochent les communautés plutôt qu’à celles qui accentuent leurs divisions.

Le défi concerne tout autant les jeunes. Ils sont devenus les premiers diffuseurs de contenus et, parfois, les premiers vecteurs de rumeurs. Avant chaque partage, une discipline élémentaire devrait s’imposer : Est-ce vrai ? Quelle est la source ? Quel sera l’impact de ma publication ? Ces questions prennent une importance particulière dans un environnement où quelques secondes suffisent pour transformer une information douteuse en phénomène viral. Dans l’esprit du message porté par l’ONU cette année, chaque citoyen peut devenir un artisan quotidien de la paix, notamment en utilisant sa voix et sa plateforme pour promouvoir le dialogue, les solutions et les histoires porteuses d’espoir.

À Cité Soleil, le message mérite donc d’être entendu bien au-delà de cette journée : la paix ne sera pas seulement l’affaire des politiques, des institutions ou des acteurs internationaux. Elle sera aussi l’affaire d’une génération connectée qui possède, dans la paume de sa main, un puissant outil d’influence. Le forum d’ABKODEL rappelle ainsi que la jeunesse peut investir dans la paix par ses choix, ses paroles et ses actions quotidiennes. Dans l’Haïti d’aujourd’hui, construire la paix peut commencer par un geste aussi banal qu’un clic : vérifier avant de partager, réfléchir avant de publier et choisir, chaque jour, de construire plutôt que de diviser.

Hyshney Saint-Julien
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